Interview Glowin Shadow 16/11/16

C’est dans le O’Sullivan Backstage By The Mill (bar/brasserie du XVIIIème arrondissement de Paris), près du Moulin Rouge que je retrouve (après avoir couru comme un dératé à travers trois arrondissements de Paris) Shelter et Mike des Glowin Shadow attablés, bière à la main.
Interview des parisiens de Glowin Shadow après la sortie de leur premier album : Ghosts, Fools & Fakes.

Cabaneariff (encore essoufflé et prenant son fameux Coca Zéro) : Glowin Shadow, bonjour.
Mike (chanteur) : Salut.
Shelter (guitariste soliste) : Salut.
Cabaneariff : Je voulais savoir comment vous êtes-vous rencontrés? Dans le groupe, vous êtes 4.
Mike : Non 5.
Cabaneariff : Ha oui pardon. 2 guitares, une basse, batterie et le chant.
Mike : Exactement. Alors ça a démarré avec moi (le chanteur) et Adrien (le batteur). On se connaissait déjà car on avait travaillé ensemble dans un ancien groupe. Un jour j’ai eu envie de remonter un groupe avec des sonorités plus rock alternatif, metal alternatif. J’ai directement pensé à Adrien car on avait les mêmes goûts musicaux et lui aussi, qui recherchait un nouveau projet, avait eu vent de ma recherche. Tout naturellement, on s’est contacté et il a dit « OK, c’est parti » et on a démarré comme ça.
Ensuite, on a posté des annonces sur les sites de recherche de musiciens et à tour de rôle on est tombé sur Geoffrey (le bassiste) et Pierre (le guitariste rythmique). Le petit dernier, c’est Shelter. (Mike se tourne vers lui) : t’es arrivé au bout de quoi? Un an…
Shelter : Je suis arrivé en 2013.
Mike : Ouais c’est ça. 2013. Et à partir de là, le line-up (la formation musicale) était complet.

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(De gauche à droite : Adrien, Geoffrey, Pierre, Mike et Shelter)
Cabaneariff : Vous aviez commencé à composer avant?
Mike : Oui mais on a tout recommencé à zéro avec l’arrivée de Shelter. On a pris notre temps pour auditionner les musiciens, on en a vu beaucoup. On cherchait vraiment un musicien particulier, un soliste. Quand on a trouvé Shelter, on a fait table rase de tout ce qu’on avait commencé à composer. Hormis What’s Going On qui est antérieur à Shelter.
Shelter : Oui, sur ce morceau, j’ai juste apporter le solo et l’harmonie à la guitare sur le break down (passage refrain-couplet).
Cabaneariff : Maintenant, après 2 EP et l’album qui regroupe et remasterise les deux EP, comment vous composez? Vous faites chacun de votre côté? Tous ensemble? Ou un seul apporte les idées et vous bossez dessus?
Mike : Aujourd’hui, à chaque fois, chacun apporte quelque chose. C’est généralement Pierre, Shelter ou Geoffrey qui amènent les riffs, les mélodies. Et à partir de là, ça nous sert de base de travail et on compose et écrit autour de ça.
Cabaneariff : Après tu écris les paroles, ta partie voix.
Mike : Jusqu’à maintenant, oui, on a toujours fait comme ça. Aujourd’hui, petit à petit on va tenter la démarche inverse (paroles d’abord et musique autour des paroles).
Cabaneariff : C’est plus dur.
Mike : Oui c’est plus compliqué mais on voudrait essayer sur un texte qu’on aura réfléchi comme un concept et non pas des textes qu’on pose sur une chanson par rapport à ce que la mélodie nous inspire.
J’aime bien écrire par rapport à la musique, grâce à ce ressenti des notes, de la mélodie, comme un petit film. Mais j’ai envie d’essayer autre chose.
Au niveau de l’écriture, je ne suis pas seul à écrire, Pierre et Shelter écrivent beaucoup aussi. Ça m’aide beaucoup car ils ont un très bon niveau d’anglais. J’écris et je pense moins en anglais qu’eux.
Cabaneariff : Mais tu chantes mieux.
(Mike et Shelter rigolent)
Shelter : Disons qu’il vaut mieux que Pierre et moi on évite de chanter en voix lead (en tête, comparativement aux chœurs).
Cabaneariff : Et quelles sont vos influences ? Vu que Glowin Shadow est un regroupement de personnes pas forcément amis de longue date, il y a diverses influences.
Mike : Moi j’ai beaucoup d’influences diverses, c’est très éclectique. Beaucoup de Muse quand j’étais jeune, Linkin Park aussi. J’ai beaucoup écouté de rock Californien comme Sum41. Mais ce n’est pas forcément ça qui m’influence aujourd’hui dans mon chant. Aujourd’hui c’est plutôt 30 Second To Mars, ou plus metal comme Breaking Benjamin ou Adema ou encore Avenged Sevenfold. C’est d’ailleurs ce dernier qui reste dans tous les membres du groupe.
Shelter : Moi j’ai grandi avec tous les courants musicaux du blues noir américain des années 30 au jazz, au rock, au metal jusqu’à ce qu’on peut écouter dans les années 2000.
Comme guitariste, tous ces styles m’ont permis de développer mon jeu, mon toucher.
Notamment j’ai beaucoup écouté les phrasés de David Gilmour, d’Éric Clapton, en plus metal Sinister Gates, Satriani.
On va dire que les trois qui m’ont influencé techniquement parlant sont Gilmour, Sinister Gates et Satriani.
Cabaneariff : Et qui joue du piano sur l’interlude ?
Mike et Shelter en chœur : c’est Pierre.
Cabaneariff : Par contre le violon c’est un sample.
Mike : Oui tout à fait.
D’ailleurs, en live on s’est mis à jouer ces interludes et deux fois on a même fait venir un piano (un clavier) sur scène pour que Pierre le joue, plutôt que d’utiliser un sample complet.
A l’Alhambra, la scène s’y prêtait, on avait même deux choristes.
Shelter : C’est d’ailleurs à l’Alhambra qu’on a commencé, c’était un peu un concert test.
Ça nous a permis de voir comment le public réagissait.
Cabaneariff : Et alors comment à réagi le public?
Mike : Bah je pense que le public a apprécié. Notre univers est très travaillé, avec pas mal de samples et ces interludes permettaient d’introduire le public dans cet univers. Je pense que ça mettait de l’ambiance.
Cabaneariff : Une question sur le clip d’Halloween Party. Comment ça s’est passé ? Vous avez tout créé ?
Mike : C’est moi qui l’ai fait.
Cabaneariff : Le petit dessin animé avec le zombi, c’est de toi, l’idée jusqu’à la réalisation?
Mike : En fait, à côté j’ai une petite société de production, Eyes And Pix, où il y a un photographe, un graphiste et moi pour la vidéo. Et cette société s’occupe de tous les visuels autour de Glowin Shadow y compris les clips.
D’ailleurs, l’idée est venue chez Pierre et moi. On était en train d’écrire les paroles pour Halloween Party et l’histoire est arrivée direct. On s’est dit après avoir écrit le texte, il faut qu’on clip le morceau. Ça a été un travail acharné pour retranscrire l’image qu’on avait de l’histoire.
Cabaneariff : J’ai beaucoup aimé, ça m’a fait penser à Tool (groupe de rock très sombre) où ils font des histoires comme ça, plus glauques et en image par seconde avec des petites maquettes.
Shelter : Oui je vois ce que tu veux dire. Ce qui nous a inspiré pour le clip, c’est plutôt Avenged Sevenfold avec le morceau Little Piece Of Heaven (dont voici le clip) :

Ils utilisent le dessin animé aussi dessus. Bon ce n’est pas la même production mais on est fier du résultat.
Cabaneariff : Vous pouvez, c’est super sympa.
Mike : Merci. Après l’idée du clip, c’est un monde où tous les êtres sont des zombis. Donc ils vont au taf, tout comme nous, mais pour survivre, ils doivent manger des bonbons. Ils ont un compteur pour savoir où ils en sont car quand ils ont épuisé toute leur réserve de bonbons, ils meurent. Ça fait un rapport au film Time Out. Ils ont un compteur sur le bras avec leur durée de vie qui défile et leur paie c’est d’avoir une durée de vie supplémentaire. Tu vois?
Cabaneariff : J’ai pas vu le film mais oui j’en ai entendu parler. Et je comprends le principe. Donc c’est pareil avec les bonbons.
Mike : Voilà. Et donc dans le clip, à un moment on voit « acheter 1 million de bonbons pour retrouver votre âme (d’être humain) ». C’est une critique de la société de consommation qui fait miroiter des trucs énormes que personne ne peut avoir. Et donc il mange, mange et mange encore et il finit par vomir. (Toujours la critique de société de consommation qui fait avoir des produits en surabondance alors qu’on en a pas vraiment besoin) et c’est la qu’il devient un… humain. Donc la morale, entre autres critiques, c’est le rejet de la société de consommation, de l’argent (du moins son détachement par le fait qu’il vomit) qui le fait renaître en véritable être humain.
Cabaneariff : C’est plein de bon sens en fait.
Mike : Ouais, à la fin la peau commence à se décomposer à nouveau car on aimerait faire une suite de cette histoire. Mais il faut le morceau qui va bien, du temps et des moyens pour ça.
(Et voilà le clip pour vous aider à comprendre) :

Cabaneariff : Sur We Need To Talk, j’ai trouvé énormément d’influence de Panic At The Disco ou Fall Out Boy. Et vous ne m’avez pas parlé de ces groupes comme influence.
Mike : C’est l’influence de Pierre ça. Il est fan.
Shelter : Pierre aime bien tout le côté rock burlesque de ces deux groupes, le côté cabaret.
En fait, je suis arrivé avec un riff de guitare qui est devenu le refrain. Finalement avec les ajouts de chacun, ça a tendu vers ça mais avec notre patte.
Mike : J’ai mis du temps avant d’accrocher sur ces groupes mais maintenant j’aime bien, surtout les derniers albums. Mais au final le côté pop de cette musique nous convenait bien aussi.
Cabaneariff : Bon là Shelter, ça va peut-être te faire bizarre, mais je trouve que la touche en plus, ce qui fait votre identité, en plus des qualités musicales et techniques de chacun, c’est la guitare solo. Ça fait très heavy metal années 80.
Mike : Je suis d’accord.
Shelter : Ce sont mes influences le heavy années 80-90.
Cabaneariff : Et justement dans les groupes Panic et Fall Out Boy, on a le côté burlesque, pop rock et vous, vous y ajoutez ce solo de guitare qui fait dire : « whouaa rien à voir, c’est Glowin Shadow ». Vous voulez garder cette patte, où l’étendre aux autres instruments?
Mike : Non on va garder cette patte.
Shelter : On va pas mettre un solo sur toutes les chansons. Seulement sur celles avec lesquelles le solo apporte quelque chose. Mon but c’est pas de faire un solo, 36000 notes à la seconde. C’est de faire un solo qui est propice au morceau, de temps en temps à un moment bien précis de me lâcher au niveau rapidité et à d’autres de créer des parties que l’on puisse retenir, que l’on puisse chantonner. C’est ce que je reproche aux groupes de heavy. C’est tout le temps la même chose : un morceau/un solo et toujours au même moment et tout le temps plein de notes.
Comme sur We Need To Talk par exemple, avant que je me lâche, il y a une partie mélodique et dont on peut se rappeler.
Mike : On a un très bon guitariste et ce serait dommage de pas le laisser s’exprimer. Le but est de cumuler l’aspect technique et l’aspect mélodique (tout en équilibre). C’est ce que tu as trouvé intéressant et c’est ce qu’on aime aussi.
Shelter : Le but du solo c’est que ça ne soit pas tout le temps, mais plutôt que le guitariste et le public prennent leur pied.
Cabaneariff : On est d’accord. Avant dernière question. L’univers du groupe est assez sombre. On a un visuel et des textes très sombres, satiriques et par contre la guitare et la voix paraissent plus optimistes. Comment vous l’expliquer ?
Shelter : C’est l’univers du groupe. Le côté sarcasme, cynique. Genre le mec qui va dire des choses horribles avec un sourire sincère.
Si on devait prendre une comparaison, ça serait un peu le Joker dans Batman.
Mike : Ouais c’est bien résumé. On parle de problèmes de société, de choses qui nous touchent, des standards actuels mais de le faire sous forme d’un personnage. C’est un peu un album concept autour de ce personnage à double visage (voir la pochette de l’album).

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Ce personnage est en dualité entre le conformisme de la société et son envie de liberté. Sur la pochette, on a d’un côté la statue dorée qui est calme, inerte, dans le rang mais qui n’est pas heureuse. De l’autre, la statue affiche un sourire.
Cabaneariff : Un rictus.
Mike : Exactement un rictus. Il prend les problèmes et ceux qui vivent dans la norme avec dédain, avec humour car, lui, revendique la liberté et le non conformisme.
Cabaneariff : Ok. Et vos projets pour cette fin d’année et surtout l’année prochaine?
Shelter : On planche actuellement sur un deuxième album. On est à fond là-dessus. Ensuite on se retrouve et on amène nos idées pour avancer et créer. Il y a déjà des trucs qui ressortent, du concret mais on prend le temps.
Mike : On prend notre temps, il n’y a rien de finalisé pour l’instant. Quelques maquettes mais il y a encore du boulot.
On aimerait qu’il sorte pour fin 2017 mais après il n’y a pas que la création à prendre en compte, c’est aussi les moyens qu’il faudra voir. On étudie la question de savoir comment on va le concrétiser.
Tout ce qu’on sait, c’est qu’on vient de signer avec Dooweet (management, promotion et distribution musicale) et qu’ils sont aussi là pour nous épauler, aider à nous faire connaître, nous distribuer.
Grâce à ça, on peut laisser l’aspect commercial et se concentrer sur la musique.
Maintenant, on aimerait beaucoup tourner en France et pourquoi pas en Europe. Parce que c’est là qu’on s’éclate le plus, au contact du public. Et il faut expérimenter ce qu’on fait.
Cabaneariff : C’est comme ça que vous allez tester les morceaux du prochain album?
Mike : Pas tous mais certains oui. Tester le ressenti du public.
Notamment sur Paris, le public nous connaît bien maintenant et il leur faut du neuf.
Shelter : Eventuellement aussi des show cases acoustiques. Pour la Release Party, on avait joué deux morceaux en acoustique et on a tous kiffé.
Mike : Perso en tant que chanteur j’ai pris mon pied.
Shelter : Oui ça donne un côté intimiste, genre je suis dans ton salon, tu vois. Pareil, quand on joue en faisant une pause acoustique dans un concert traditionnel de Glowin Shadow, le public peut respirer un peu entre deux morceaux. Ça évite qu’ils s’en prennent plein la gueule tout d’un coup.
Mike : Ouais sur scène on est complètement en communion, et par l’émotion on arrive à faire passer des trucs au public. La scène ça vaut tout le reste.
Shelter : Pour résumer je me sens plus chez moi sur scène que chez moi.
Mike (en rigolant) : Pourtant on est bien chez toi.
Le but de Glowin Shadow c’est de balancer en public.
Shelter : Glowin Shadow c’est un kiff pour les musiciens et qui jouent pour faire kiffer le public.
Cabaneariff : Alors j’ai hâte d’entendre le deuxième album et tout ce que je peux vous souhaiter c’est une tournée européenne, pourquoi pas. Merci beaucoup Mike et Shelter et à très bientôt.

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