Jérémy Hababou / Run Away

runaway

Jérémy Hababou est un jeune pianiste franco-israélien. Il sort le mois dernier son premier album : Run Away. Pas dans l’esprit jazz ces derniers temps, je ne vous le livre qu’aujourd’hui, plus à l’écoute d’un univers où se mêle les origines de ce jeune prodige.

Ce qui m’a plu, ce fut d’abord l’homme. Tout d’abord sa rencontre avec la musique jazz. Il s’est mis au piano tardivement (16 ans) et a beaucoup travaillé en autodidacte. Puis pendant une permission militaire (dans l’armée israélienne), il rencontre Omri Mor (un grand pianiste de jazz israélien) dans les toilettes d’un club jazz et lui demande d’être son professeur. Omri répond : “Ok mais je peux me laver les mains d’abord?”

Ensuite, sa façon de travailler. Il enregistre tous ces morceaux très vite (deux jours), dans l’esprit live car le jazz est d’abord une musique d’improvisation.

Le culot et le travail en ont fait un très grand pianiste jazz.

Ensuite, sa musique m’a plu. Dans cet album, on peut trouver deux improvisations avec ces musiciens (cherchez les car je n’ai pas trouvé tellement le jeu est fluide) et deux reprises.

Run Away me fait beaucoup penser au jazz américain, un peu dans l’esprit Chick Corea ou Art Tatum. Il laisse une totale liberté aux musiciens qui l’accompagne et sur ce morceau, le saxophoniste (Gilad Ronen) prenant la main. La musique est joyeuse, sautillante. Le solo de saxo est formidable. Mais on retrouve aussi ces origines israéliennes à mi morceau avec cet interlude de contrebasse très oriental interprété par Haggai Cohen Milo.

On reprend très vite l’esprit club de jazz américain avec une mélodie très optimiste. Jérémy est presque même comme un faire valoir de ces camarades, légèrement en retrait derrière le saxophone, et au même plan que le contrebassiste.

Avec Le Temps est la reprise de Léo Ferré dont je vous parlais plus haut. Un morceau qui a gardé toute sa mélancolie. Jérémy Hababou joue surtout avec le rythme de ce morceau, accélérant certaines notes, laissant de grands silences comme pour ajouter encore en tristesse à ce morceau. Le morceau est épuré à son plus simple appareil, la contrebasse laissant traîner son archer comme des pleurs en fond sonore. On peut entendre Jérémy chanter dans ce morceau, sans paroles, se contentant d’évoquer la voix de Léo Ferré. Le solo de sax est superbe, très nocturne, fluide et terriblement triste.

Inner Urge est une reprise/hommage à Joe Henderson. Là où Joe Henderson joue à la trompette, Jérémy reprend la totalité du solo au piano et à la contrebasse. Le piano virevolte autour de la contrebasse, le tout avec une fluidité et une chaleur. On pourrait croire à un live, la base rythmique n’étant instauré que par Ziv Ravitz, le batteur, alors que les deux autres musiciens se promènent dans la partition d’Henderson.

Someday commence par une intro à la contrebasse et à la batterie, le tout très feutré. Le morceau se veut sage, doux. Les notes sont parsemées ici et là avec une fausse sensation de hasard. L’esprit jazz est là, on installe une ambiance chaotique pour créer un tout harmonieux orchestré par le piano qui prend clairement sa place de leader dans ce morceau. le solo de mi-morceau en est la preuve. On ressent une mélodie sortir de ce chaos magnifique au dernier tiers du morceau : une ballade chaude et sensuelle.

Parfait pour finir un album.

Conclusion :

Un très bel album de jazz pour un premier essai. Ce n’est pas forcément à la portée de tous côté auditeur, on est sur un jazz pur, très changeant, laissant la part belle aux folies des musiciens plutôt qu’à une mélodie simple et claire.

Mais j’aime beaucoup ce style de musique, très épuré, technique et faussement improvisé. Il faut beaucoup de travail pour improviser avec des musiciens et encore plus pour faire croire que çà l’est. c’est le cas de cet album. On a l’impression d’un live de bout en bout, joué par des musiciens qui se connaissent depuis peu et pourtant se rejoignent régulièrement au hasard des notes.

J’aurai aimé peut être entendre plus le piano sur le devant de la scène. La volonté de laisser les musiciens sans réel patron me gène un peu mais la qualité d’exécution fait oublier cette gène après quelques minutes.

A écouter tranquillement assis, autour d’un bon cocktail ou d’un bon cognac, entre amateurs de jazz ou tout simplement pour faire connaître l’ambiance jazz club à sa moitié.

Deezer : http://www.deezer.com/album/13159566?utm_source=deezer&utm_content=album-13159566&utm_term=7126184_1465492114&utm_medium=web

Spotify : https://play.spotify.com/album/7DvjDs03nW8gJAM5XSUFOh

Facebook :https://www.facebook.com/jeremyhababoumusique/

 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire