Slow Joe & The Ginger Accident / Let Me Be Gone

Slow Joe est un clochard indien. La vie et le karma lui a fait croisé la route de Cédric de la Chapelle, un musicien français. De cette rencontre sont nés deux albums. Alors qu’ils s’apprêtaient à sortir leur troisième album, Slow Joe meurt d’une rupture d’anévrisme à l’âge de 71 ans. Cet album, Let Me Be Gone, est aussi bien la fin d’un travail accompli qu’un hommage au clochard indien devenu artiste.

Depuis 2011, et après un passage aux Transmusicales de Rennes, Slow Joe avait élu domicile à Lyon. Après 50 ans d’errance dans les rues indiennes, chantant pour son plaisir, le monde découvre un talent qui rappelle un peu Jim Morrison.

D’ailleurs, sa musique s’en rapproche aussi. Entre rock psychédélique et funk désabusé, on retrouve des paroles à double sens et très intelligentes.

Passé le premier morceau, Tambde Roza, un chant traditionnel Konkani chanté en Goa (sa langue maternelle) qui m’a laissé perplexe. Ce n’est pas que j’ai aimé ou non, c’est que les chants traditionnels m’ont toujours paru captivant et déroutant en même temps. Cela raconte une idylle impossible, de façon très courte et a-capella.

Swing Your Love est plus rock psyché justement. La rythmique, le synthé est répétitif, envoutant et le chant de Slow Joe est en prose. Il parle d’ailleurs plus qu’il ne chante, ne sortant pas de la rythmique pour autant, il garde une mélodie propre et cela apporte une touche psyché encore plus importante. Les paroles racontent l’amour comme une aventure mystique, métaphysique. Une façon de s’élever, de se transcender.

Ce morceau m’a rappelé justement les Doors et leur capacité à embarquer l’auditeur dans leur univers par le chant et la mélodie.

Des morceaux comme My Sway font plus penser à du pop-funk année 70-80. L’orgue y est sans doute pour quelque chose. Le rythme est volontairement lent, le chant étant toujours mis en avant, détaché de la mélodie principale. Cela reste étrange, mais on s’attache facilement à ce style faussement old school. De plus, la voix de Slow Joe est assez sympa, laissant transparaître un accent très attachant.

I Was A Stooge est un hommage à tous les exclus de la société (faisant aussi bien référence aux castes indiennes qu’aux exclus des sociétés plus occidentales) : les marginaux, les démunis, les paumés. Là encore, on ressent l’influence d’un Jim Morrison dans le jeu musical, toujours volontairement old school et dans le chant faussement désarticulé.

On ressent quelques influences orientales dans la façon de jouer de l’orgue, dans les percussions, mais l’univers reste résolument rock psychédélique. C’est, pour ma part mon morceau préféré.

On retourne aux origines du chanteur, avec des influences indiennes plus assumées dans les mélodies, apportées par la guitare ou les instruments à vents avec Candy Sparkles et Black Moon.

C’est pas ma cam donc je passe.

En revanche, God Damn The Pusherman et sa mélodie plus sombre, est génial. Le morceau parlant des dealers d’héroïnes lui ayant fait perdre ces plus belles années, est accentué par le rôle du saxophone représentant le côté sombre de sa vie, les dealers, et sa descente dans la drogue. Le morceau est très jazzy et très bon.

Silent Waves est le morceau finissant l’album sur une demande de Slow Joe à La Mort de venir le prendre, doucement, au milieu de la nuit. La mort a dû l’entendre et accepter sa requête, ce morceau sonnant comme un dernier au revoir.

La contrebasse, mélancolique, lente, le « Chhhuuuuttt » du début introduit la mort, silencieuse et nocturne auprès du chanteur. La voix est douce, lente, sans pour autant de tristesse.. comme résignée. A mi morceau, les instruments se mêlent en un chant triste et anarchique superbe. On peut trouver le morceau désordonné mais en fait chaque instrument joue un rôle, celui de la mort, des proches, du chanteur. C’est véritablement une histoire que la musique raconte.

Conclusion :

Let Me Be Gone est un très bel hommage à un homme oscillant entre rock et jazz qui raconte sa vie, ces hauts et ces bas au travers de la musique. C’est très old school, mais cela reste très bon et accéssible aussi bien aux amateurs de rock qu’aux érudits de jazz.

A écouter à tête reposée pour bien comprendre l’ampleur des morceaux et toutes les petites nuances musicales qu’il peut y avoir.

Pour l’acheter :

Deezer (album non disponible hormis single my sway) : http://www.deezer.com/album/15187691?utm_source=deezer&utm_content=album-15187691&utm_term=7126184_1486677936&utm_medium=web

Spotify (album non disponible hormis single my sway) : https://play.spotify.com/album/2hHyjaeDZVeE155Lwoq1Q6

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